“On s’embrassait, c’était intense et j’ai tenté un touch-boob…”

Je cite un homme de 39 ans, nommons-le Paul, avec qui j’ai discuté récemment. Je lui présentais mon activité de conseiller et de formateur sur les VHSS (violences et harcèlements sexistes et sexuels) et il a soudainement pâli en se souvenant d’une récente aventure.

Cela a commencé par une rencontre ordinaire dans un bar, un désir réciproque avec une femme de 41 ans, nommons-là Cathy et un échange de consentement pour un baiser. 

Ce baiser est devenu intense voire torride et après deux bonnes heures, sans rien demander, Paul a tenté un touch-boob (Il m'a expliqué que cela consiste à toucher délicatement un sein lors d’un baiser, ce sont ses mots). Cathy a dit non et Paul a retiré sa main en s’excusant. Le baiser a repris avec la même intensité et ils se sont échangé leurs numéros en fin de soirée.

Touché par cette rencontre, Paul propose le lendemain de revoir Cathy qui répond de manière évasive, il n’insiste pas. Sa surprise viendra le jour suivant lorsqu’il recevra un message très factuel de Cathy l’accusant de l’avoir touchée sans son consentement en évoquant la possibilité de déposer une plainte… Paul tombe des nues et décide de ne pas répondre à son message.

J’ai choisi d’évoquer ce témoignage car il illustre parfaitement le décalage des postures attendues lors d'une rencontre depuis plusieurs années.

Nous sommes loin de la caricature habituelle des cas d’agressions car les deux personnes sont sensibilisées à ces nouveaux codes et ont verbalisé une première étape de consentement. Ils sont adultes, de la même génération et étant inconnus, aucune emprise n’est envisageable. Et pourtant, en dépit de tout cela, Cathy s’est sentie agressée.

D’un point de vue légal, Cathy a raison car le consentement pour un baiser n’autorise pas d’autres pratiques. Elle a d’ailleurs bien réagi en disant non au contact non souhaité. Paul a reconnu qu’il aurait dû demander mais il n’a pas voulu “interrompre la tension du moment” et il a donc tenté ce fameux geste. En utilisant le verbe “tenter”, il savait bien qu’il y avait une prise de risque de dépasser le cadre. À l’évidence, Paul n’a pas encore mesuré que ses moindres faux pas seront désormais relevés et reprochés vigoureusement. C’est notre époque, on peut s’en réjouir ou le déplorer mais chacun doit prendre conscience de cela. 

Ce témoignage questionne aussi la gravité des faits et leurs traitements. A l’évidence, le geste était inapproprié et il a été interrompu mais Paul me confiait “en me menaçant de porter plainte j’ai eu l’impression qu’elle me traitait d’agresseur, je ne mérite pas ça”.

Il y a des millions de Paul et de Cathy et il y a surtout celles et ceux qui n’ont pas encore intégré la notion de consentement dans les relations et qui se dirigent à l’évidence vers des situations explosives. Messieurs, je vous invite à suivre le sens de l’histoire et de la loi et de vous questionner pour y voir plus clair. Qu’auriez-vous fait à sa place ? 

Imaginez à présent que Paul ait dit :  “C’est ok si je touche tes seins ?” Je sais, c’est difficile à imaginer quand on n’est pas habitué mais il n’y aura pas d’autres alternatives à l'avenir et  dans cette histoire deux drames auraient été évités. Et qui sait, Paul et Cathy se seraient peut-être revus.

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